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Polémologie : penser la guerre

Philosophie(s) / Science(s) / Art(s)

La première chose et la deuxième chose

La Première chose
Quand on est acculé à penser à la guerre et si l’on veut la considérer en toute sérénité, la première chose est d’accepter sa propre mort. De se considérer comme déjà mort. Tout à fait mort. Et comme par un miracle extraordinaire, un dernier délai de vie nous a été accordé pour répondre à la question suivante : que pouvons-nous encore faire dans ce délai pour soutenir au mieux les idées qui nous ont fait entrer en guerre.
Parce que la guerre, on ne peut la faire valablement que pour des idées. Il s’agit de la guerre noble, de la guerre pour la dignité, de la guerre contre des idées malsaines, contre l’inhumanité qui peut se rencontrer chez les hommes. C’est une guerre contre un ennemi égal ou supérieur en force.

L’usage de la force contre plus faible que soit est abject, c’est du brigandage. Il ne peut servir que des objectifs bassement matériels. Et dans ce cas, les prédateurs voyan que l’ennemi se défend et “vendra chèrement sa peau”, ils abandonnent la chasse parce qu’ils veulent rentrer chez eux ; ils ne sont pas prêts à tout mettre dans la balance.

C’est pourquoi il faut être déjà mort dans sa tête pour envisager sérieusement d’entrer en guerre et être sûr de la gagner. Car dans ce cas, on gagne toujours : même tué au combat, on aura occasionné le maximum possible de pertes à l’ennemi.

La deuxième chose
une fois qu’on a fixé sa position face à sa propre mort, la question de la confrontation avec la douleur doit être réglée elle aussi. La douleur physique, la douleur psychologique, la douleur morale.

En gros, il faut accepter de souffrir dan son corps autant que cela se puisse sans céder. Pou cela, il y a des attitudes à préparer parce qu’au moment de la rencontre avec la douleur, on ne peut plus réfléchir.
Il faut accepter de savoir ou de voir de ses propres yeux la douleur, parfois sous ses propres yeux la peine, la souffrance, les hurlements des proches, des personnes les plus proches qui pourraient être amenées à payer elles aussi pour l’action de guerre engagée.
Enfin, il faut accepter de donner de la douleur, de la souffrance à des ennemis directs ou indirects (dommages collatéraux).

Face à la guerre
C’est seulement après avoir répondu convenablement à ces deux premières questions, que l’on peut aborder en toute liberté d’esprit la réflexion sur la guerre et d’abord tenter de définir sa nature : une philosophie, une science ou un art.
Si c’est une philosophie, c’est certainement une des plus importantes. Parce qu’elle doit engager l’être tout entier, individu et collectivité sociale. Elle doit être pertinente et décrire de manière homogène la vie sociale et la place de l’individu avant, pendant et après la guerre.
Si c’est une science, elle doit être aussi une “science des sciences” (épistémologie) parce qu’elle doit les utiliser toutes, sociales, médicales ou de la matière afin de disposer de tous les moyens nécessaires au moment donné. Elle doit alors pouvoir transformer le cadre naturel et social sans connaître d’impasse, de faiblesse. Et sans routine.
Si c’est un art, c’est-à-dire si l’on admet que qu’il existe “une fortune de la guerre ou des combats”, que la guerre est de toute façon soumise à des aléas indépendants de la rationalité, qu’elle est sujette à l’inspiration du moment, alors il faut convenir qu’il s’agit de l’art le plus global, le plus total que l’homme ait jamais pratiqué. Un art qui fait de toute chose et de tout être, humains et animaux, son matériau de travail, qui peut tout broyer, tout malaxer pour créer une nouvelle société, une nouvelle situation.

Nous allons donc développer les réponses aux deux premières questions, puis développer cette section sur “penser la guerre” selon ces trois axes en essayant de déterminer s’il existe une ordre hiérarchique ou une complétude entre les approches suivantes :