Etudiants extra-communautaires, Bienvenue En France!

Le 19 novembre à été le jour le plus dégoûtant de mon premier semestre de l’année scolaire 2018/2019. Bien pire que le jour où j’ai eu 0 en contrôle de probabilités. Je ne m’attendais pas à cela. Multiplication par 16 des frais d’inscriptions à partir de l’année scolaire 2019/2020 pour les étudiants extra-communautaires.

Un projet discriminatoire : Bienvenue en France

Le projet Bienvenue en France, autant flou dans son fond, autant rude dans sa forme, a redonner vie à un ancien débat. Faut-il distinguer, les autres et les nôtres, les contribuables et les non contribuables à la France?

Alors s’en déduisent plusieurs questions encore, qu’est ce qu’un contribuable, ses obligations et droits, un non-contribuable, ses obligations et droits. La France a-t-elle une obligation face à ces deux catégories de gens.

Qu’est ce qu’un étudiant extra-communautaire ?

En bref un étudiant de provenance d’un pays non européen. Plus spécifiquement non nationalisé par un pays de la communauté européenne. Il peut être africain, asiatique ou américain.

Ne sommes-nous pas tous citoyens de la communauté mondiale qui vit sur cette planète globalisé. Un jour, nous avons qualifié l’accord de Paris comme l’accord le plus historique que l’humanité n’a jamais connu. Cela n’aurait pas pu être, s’il y avait des extra-communautaires à ce sommet.

L’arrivé de Trump au pouvoir Américain a mis fin à cet accord historique. Car il considère que le monde entier sauf les américains sont des extra-communautaires. Il a dit et insiste toujours sur: « America First: L’amérique en premier »

La République et l’Afrique

Comment un état qui essaye de bien médiatiser la France, où le président est suspect d’être le meilleur produit du marketing. Faire une telle action, casser l’un des fondements de la république française, l’égalité, si ce n’est encore la fraternité.

Personne ne peut nier les faits de l’histoire. Nous pourrons débattre infiniment sur la responsabilité de l’état français dans la situation africaine actuelle. Mais cela n’est pas le sujet.

Un fait qui est sur est que l’Afrique ou les états africains, sont un(des) instruments dans la main de l’état français, depuis maintenant plus qu’un siècle. L’Afrique est un producteur, l’Afrique est un marché. L’Afrique fait partie du grand mécanisme économique actuel.

Des anciennes colonies, maintenant communauté financière ou francophone. En bref: La France, le français sont bien installés dans la moitié de l’Afrique. Nul ne peut nier que l’Afrique est une partie du grand mécanisme français.

Réflexion global sur cette décision

D’abord, une application de telle règle approuve la grande vague du nationalisme qui ravage le monde actuel, les Etats Unis, la Grande Bretagne, l’Italie ou bien le Brésil. Le gouvernement français a choisi la recette avec laquelle il peut poursuivre ce mouvement.

Une décision qui fragilise les étudiants africains

Premier reflex est d’en discuter avec des étrangers dans la même situation que moi, tous choqués de cette décision imprévisible et décevante.

Petite anecdote de ma journée du 19 novembre, j’ai discuté à propos de cette décision avec une tunisienne de ma classe. Avec un air serein, elle m’a répondu « j’ai la nationalité française » pourtant je savais qu’elle a grandi en Tunisie. Apparemment, elle a vécu quelque années en France avant l’âge de 6 ans, quelle sécurité!

Les discussions s’enchaînent, avec des français et d’autres nationalités. Un seul constat, ceux qui sont concernés par cette décision ont pris un sacré coup ce jour là. Certains français ont sympathisé avec ces étudiants extra-communautaires, de plus ils ont senti le danger de la décision. Cela peut s’appliquer sur eux peut être dans les années à venir.

Certains pensaient déjà à travailler tout l’été pour payer cette maudite de somme de 3770€, puis trouver un job à temps partiel pour survivre pendant l’année scolaire. S’il y avait un degré de concentration sur les études avant cette décision, alors cette dernière l’a divisé par 10.

Une décision qui fragilise l’Université

Personnellement, je ne l’ai pas compris sur le champs. Au début, je pensais bien que le gouvernement compte couper le budget alloué à l’enseignement supérieure sur le dos des étudiants extra-communautaires.

Mais le 27 janvier 2019, mon ancien professeur d’Analyse distribuait des appels à une Assemblé Générale par rapport à cette hausse des frais d’inscriptions aux étudiants non-européen.

Absence de communication entre l’Université et l’exécutif

L’une des premières questions que je me suis posé une fois informé par cette décision est le gouvernement(premier ministre ou ministre de l’enseignement supérieur) ont-ils eu un dialogue avec les universités françaises? Au moins avec les présidents des universités? Non!

CPU : Refus et Urgence pour la concertation

Le CPU est la conférence des présidents université qui s’est réuni le 10 décembre 2018 pour discuter la fameuse décision du gouvernement. En clair, dans le communiqué de presse je cite le début du 5ème paragraphe :

« La Conférence des présidents d’université regrette qu’aucune concertation sur ce point sur ce point n’ait été organisé en amont; elle aurait créé les conditions d’un partage des analyses et l’élaboration d’une ligne constructive qui ne permettent ni la hausse brutale des droits d’inscriptions, ni le flou persistant sur les compensations destinées à les accompagne. C’est pourquoi le conseil d’administration de la CPU que l’entrée en vigueur des dispositions en cause soit suspendue,… »

Petite leçon pour l’exécutif

Avant même de mener une stratégie ou une grande réforme, il faut discuter avec les gens concernés par ces derniers. Prendre une décision sans consulter les spécialistes me rappellent des décisions de dictateurs ou des idiots.

De même que Trump veut bâtir un mur à la frontière mexicaine, ou Theresa May qui veut proposer quand même un plan de Brexit malgré sa connaissance des éventuels dégâts. Le gouvernement français rejoint ces décisionnaires stupides comme ceux de l’Arabie Saoudite aussi qui ont liquidé un opposant dans un consulat en Turquie(Ils devaient au moins consulter le Mossad ou quelques films d’Hollywood pour agir plus professionnellement)

Coup dur à la faculté des sciences et technologies de Nancy.

Juste après, un copain m’informe que le doyen de la faculté des sciences et technologies de l’Université de Lorraine a démissionné. Je n’imaginais pas une telle ampleur.

Les démissions se sont enchaînés, des Vice-Doyens et Chefs de département, et responsables qui suspendent leurs activités administratives jusqu’à un nouvel ordre.

Tous veulent la même chose: ne pas appliquer la décision du gouvernement par rapport à la hausse des frais pour les étudiants extra-communautaires.

L’impact du programme Bienvenue en France: Chiffres Chocs

Chiffres clés avant la décision du 19 novembre 2018

Dans notre faculté de sciences et technologies, les étudiants sont d’ordre de 4000, dont 1000 étudiants extra-communautaires. Soit 25% de l’ensemble des étudiants.

Dans la recherche scientifique, ce pourcentage atteint les 41%

Sur les dernières années, à chaque rentrée, 500 étudiants non européens rejoignent la FST de Nancy.

Chiffres clés après la décision du 19 novembre 2018

En ce moment, les candidatures sont ouvertes, sans surprise, le nombre de candidature a chuté de 7 fois. Bienvenue en France ! (information daté du 04/02/2019)

A titre d’exemple: notre Master a une possibilité d’accueil de 44 étudiants. Vers fin janvier, le département de mathématiques a reçu 19 candidatures. (information daté du 04/02/2019).

L’effet Boomerang de « Bienvenue en France! »

Avec une telle chute de candidatures et de nombre d’étudiants à la rentrée scolaire de 2019/2020 éventuellement. Ainsi, plusieurs formations et parcours, se trouveront dans l’obligation de ne pas ouvrir leurs portes.

Qui dit pas d’étudiants, dit pas de formation, qui dit pas de formation dit professeurs-chercheurs au chômage technique. Ben alors, ces décisionnaires l’ont vu venir cella..

Sur quelle base, le gouvernement français a-t-il agi ainsi?

Comme un économiste ou un assassin financier: des prévisions. Ce genre de prévision et comme celui de la météorologie, il faut des mois voire des années de calcul par un super ordinateur pour estimer parfaitement l’impact de tel décision.

Le premier ministre a déclaré des chiffres que je ne commenterai pas et que je laisserai au temps d’y répondre. Je rappelle simplement qu’un politicien est un combattant d’idées. Prêt à tout donner pour une idée si elle protège ses intérêts.

Parler des finances d’un état n’est pas de mon domaine, je peux l’apprendre, mais je pense que les données sont bien meilleurs pour prendre des décisions.

Je sais encore une chose, la France n’est pas à la pointe dans la gestion des données. Si le gouvernement publie une étude que les statisticiens trouvent fiables pour justifier cette décision, je n’aborderai plus ce sujet.

Le combat d’idées et des questions à se poser:

Dans le vaste champs d’idées que j’ai en tête, une me revient de plus en plus. J’estime que l’action du gouvernement de discriminer les étudiants « extra-communautaires » est un acte politique. En fait, je trouve que cette décision va dans le même sens des désirs d’extrême droite.

L’extrême droite, ou les nationalistes demandent toujours une priorité aux nationalisés du pays. Ils demandent plus de sévérité face aux étrangers, plus de procédure pour trier quel étranger peut rejoindre leur soit disant territoire.

De plus nous savons plus au moins, le phénomène de la dette étudiante aux pays qui commercialisent la formation universitaire payante(à partir de 10K€/l’année), que ce soit aux USA, à la Grande Bretagne ou à l’Australie.

Je rappelle que la dette étudiante américaine dépasse les 1 200 milliards de dollars et que 7 millions de débiteurs sont en défaut de payement. Appelez un économiste pour vous expliquer les éventuelles boules de neige.

En faire d’une pierre deux coups

Une fois vue ainsi, la décision du gouvernement me semble satisfaire les deux camps les plus sensibles.

Le premier camp est celui des nationalistes. Rappelons que la différence entre Macron et Le Pen aux présidentielle de 2017 n’a pas été très large. De plus, rajoutons à cela la chute de la popularité du Président à cause des différentes affaires datant de 2018 (l’ISF, 5€ l’APL, Bennalla, Gilets Jaunes, etc)

Le second camp est celui des banques. Malgré quelques décisions modestes pour réglementer le travail des banquiers en France. Alors le gouvernement a offert les plus beaux cadeaux aux banquiers et assureurs.

Victoire à l’Université de Lorraine, mais ce n’est pas fini.

Avec grand plaisir j’ai lu hier la lettre du président de l’Université de Lorraine par rapport aux décisions prises au dernier Conseil Administratif de l’Université.

Manifestation du 5 février 2019

Plusieurs centaines d’élèves ont rejoint la manifestation de la faculté de science et technologies de Nancy, protestant devant le conseil administratif, puis marcher du Campus Science jusqu’au centre ville de Nancy.

Pour la première fois je manifeste en France, je me suis retrouve autour des gilets jaunes, la CGT, le parti communiste français, chacun avec ses propres demandes. Mais le constat est le même, tous se sentent négligés, non consultés, soumis au décisions d’un gouvernement qui fragilise les piliers de la République.

Lettre de la présidence de l’Université de Lorraine

…Mardi 5 février, lors du conseil d’administration, une délégation de collègues et étudiants a été reçue. A l’issue d’un débat constructif, le conseil d’administration a adopté à l’unanimité une motion s’appuyant sur les valeurs de notre université, demandant le retrait de la mesure consistant à la mise en place de droits d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires…


…Les étudiants extra-communautaires inscrits en 2018/2019 à l’UL, quel que soit le diplôme dans lequel ils sont engagés aujourd’hui, pourront poursuivre et finir leurs études au sein de notre établissement en bénéficiant des droits d’inscription communautaires. Leurs frais d’inscription n’augmenteront ni à la rentrée prochaine, ni les années suivantes…

Lettre du Président de l’Université de Lorraine aux personnels et étudiants daté de 07/02/2019

Le combat pour l’égalité continue en 2019

Enfin, pour pouvoir agir en force face aux décisions du gouvernement, il faudra une action commune. A savoir que grâce à Internet, notre voix peut être entendu aux quatre coins du monde.

Une pétition sur Change.Org a été mise en ligne par Jean Benoit Moro contre l’Augmentation des Frais d’Inscription pour les étudiants extra-communautaires. Avec objectif de 500 000 signatures, actuellement un peu plus que 300K réunis.

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